Analyse Politique : Moussa Tchangari, Allah sarki, Niger !

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Au Sahel, le Niger est certainement l’un des pays où l’on adore le plus arrondir les angles, obtenir même le ciel par suite d’un arrangement. Comme nous l’a dit un jour Hama Amadou, alors Président de l’Assemblée nationale, « les Nigériens aiment la facilité »; et il a raison, ainsi que le montre l’incroyable enthousiasme suscité ces derniers temps par la simple annonce de l’ouverture d’un « dialogue politique inclusif ».
Depuis bientôt deux semaines, presque tout le monde, au sein de la classe politique ou de la société civile, s’est mis à l’heure du dialogue et de la réconciliation; et des consignes strictes sont même données aux militants pour qu’ils aseptisent leurs discours et fassent montre d’une grande courtoisie. C’est la condition pour que le dialogue politique inclusif, dont le premier grand résultat intangible est le retour tranquille de Hama Amadou, ne se termine pas en queue de poisson.


Ce dialogue politique inclusif, tous les acteurs publics en vue en ont absolument besoin; à commencer par ceux qui, concassés, humiliés et exclus de tout, l’appréhendent comme une perspective d’obtenir autour d’une table, ce qu’ils n’ont pas pu arracher par la lutte. Le dialogue politique inclusif en perspective, dont tout le monde dit qu’il bénéficie du soutien des grandes puissances (Etats-unis, France), c’est donc pour ceux-là la garantie d’une « facilité » comme nous l’aimons tous en bons Nigériens.


Or, il est aisé de comprendre qu’en le proposant en ce moment précis, le président Issoufou et son gouvernement ne font que nous montrer qu’ils ont eux bien assimilé une des leçons que Machiavel a voulu donner à tous les princes qui se donneraient la peine de lire son petit livre : il faut lâcher du lest au moment où l’adversaire, ayant le sentiment d’avoir épuisé toutes ses forces, commence à s’en remettre à la providence; car, en ce moment là, il reconnaitra en vous non plus l’oppresseur, qui l’a épuisé, mais celui qui lui aura tendu la main pour sauvegarder ce qui lui reste encore.
Après huit (8) années de règne, « jalonnées d’injustices à l’endroit du peuple auquel il prétendait assurer le bonheur », ne serait-il pas bien trop généreux de la part du régime en place d’offrir à ses adversaires, sur un plateau, ce qu’ils ne veulent pas eux-mêmes se battre pour arracher ? C’est la question, toute simple et logique, que n’importe quel oiseau de mauvaise augure peut se poser. Cette question, même si elle risque d’ébranler certains dans leurs certitudes, mérite d’être posée.


Aujourd’hui, avec le retour à la case prison du Chef de file de l’opposition, bien que ce ne soit pas une surprise en soi, cette méchante question semble tourner dans la tête de plus d’un; même si on sent que, dans le souci de préserver et prolonger le climat actuel de détente, très peu de politiques osent l’évoquer même dans les causeries des fadas. Comme le dit un proverbe Kanuri, « celui qui veut attraper des oiseaux ne crie pas », et les Peuls diront qu’il ne lève surtout pas le bâton, quand il n’est pas sûr d’atteindre sa cible.
On le comprend, un climat de détente sur le front politique est toujours préférable à un climat d’affrontement; mais, qui peut nous dire ce que cette détente a changé ou peut changer pour les millions de Nigériens qui n’ont rien à manger demain, qui n’ont pas l’argent pour acheter des médicaments, qui n’ont pas d’emplois et dont les enfants n’apprennent presque rien à l’école ?
Ça, c’est certainement la question qu’il ne faut pas poser; elle pourrait vous identifier tout de suite comme un ennemi de la paix par tous ceux qui, plaçant les intérêts partisans au dessus de ceux du peuple, considèrent qu’accalmie sur le front politique signifie paix et prospérité pour tous. C’est triste vraiment, mais en un tour de bras, on voit bien que les politiques ont réussi à faire oublier à beaucoup que ce ne sont pas leurs querelles qui ont privé de nourriture ceux qui n’en ont pas, entrainé la déliquescence de l’école publique et du système de santé, et installé l’insécurité dans des régions entières du pays.

Moussa Tchangari

Acteur de la Societé civile.

La source Profil Face

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