La caméra à la Cour Constitutionnelle

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Au Niger, les élections se suivent et se ressemblent. Les résultats de la CENI – à tort ou à raison – sont régulièrement contestés, qualifiés de frauduleux. L’histoire le vérifie. L’actualité le confirme. En effet, tandis que la CENI, aux dernières élections présidentielles, déclarait M. Bazoum vainqueur (avec 55.75%), son challenger, M. Ousmane, s’autoproclame élu (à plus de 50.30%).  La polémique était prévisible, le contentieux inévitable.  Certains y voient un manque de maturité politique. Cependant, la contestation des élections – accompagnée de prétentions et d’arguments – participe du jeu normal de la démocratie. Un État politiquement mature n’est pas à l’abri des tensions. Il crée plutôt les conditions, pour en venir à bout.

A ce titre, la Constitution nigérienne offre la possibilité aux candidats, d’introduire leurs contestations, et permettre au juge de tirer les conséquences légales qui s’imposent. La mission de la Cour Constitutionnelle du Niger, en cette année 2021, sera d’autant plus délicate que sa décision historique. Pour la première fois dans l’histoire du pays, un président  élu au suffrage universel succédera à un autre, investi dans les mêmes conditions. Composé de juristes compétents et régulièrement nommés, les Sages restent conscient de leurs serments, et savent que le monde les observe, attentivement.

Par ailleurs – autant le dire -, notre juridiction constitutionnelle a mal a son image. Autant la soigner ! Le contentieux à venir lui en donne l’occasion. Au regard des enjeux et du contexte, nous préconisons que la Caméra soit acceptée à la Cour. Autrement dit, que les prochaines audiences de la Cour soit filmées et diffusées, en direct à la télévision nationale. Qu’on se rassure !

Le procès constitutionnel n’est pas celui d’un homme, dont l’image serait ternie, la vie privée exposée. Non ! Le contentieux constitutionnel vise à vérifier la régularité et la sincérité des opérations électorales, financées par le contribuable nigérien. N’est-il pas légitime à savoir ? Très certainement, en permettant au public de suivre les témoignages, les débats et plaidoiries d’avocats,  on favorise la transparence. On détruit les intoxications et autres manipulations, d’où qu’elles viennent.

Également, en même temps que le public, la Cour pourra se faire une opinion et trancher. Sa décision ne serait que plus légitime, le peuple mis au courant des éléments qui l’auront motivée. In fine, le prestige et la légitimité de l’organe constitutionnel s’en porteraient mieux ! Le Président, véritablement élu, n’en sera que davantage conforté. Qu’on y songe ! Pour la culture démocratique, aucun sacrifice, aucune nouveauté, aucune originalité ne serait de trop ! Même pas la Caméra à la Cour Constitutionnelle !

                                                                                                                                     Abdoul-Malik Issoufa

                                                                                                                                        Etudiant en Droit

                                                                                                                                         Homme de Lettres 

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