« Il y a une révolution silencieuse » – Ibrahim Mayaki

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Ibrahim Mayaki, ancien premier ministre du Niger et actuel secrétaire exécutif de l’Agence de développement de l’Union Africaine (AUDA-NEPAD) veut croire en la jeunesse africaine.

Ibrahim Mayaki, ancien premier ministre du Niger et actuel secrétaire exécutif de l’Agence de développement de l’Union Africaine (AUDA-NEPAD) était l’invité de la matinale de la Deutsche Welle ce mercredi 11 novembre. Un entretien sans langue de bois, sur lequel il revient sur les tensions électorales dans plusieurs pays africains en ce moment. « Les obstacles » seront bientôt franchis selon-lui, puisque les jeunes prendront bientôt le pouvoir. 

Ibrahim Mayaki revient également sur les problèmes de coopération, d’intégration et de développement du continent. Des problèmes indissociables de la démocratie selon lui. 

Place aux jeunes

DW : L’année 2020 est une année électorale en Afrique. Certains scrutins ont déjà eu lieu et d’autres sont à venir. Mais en Afrique de l’Ouest : Guinée, Côte d’Ivoire, Mali et Afrique orientale en Tanzanie, élections riment avec tensions, voire mort d’homme. Qu’est ce que cela vous renvoie comme message ?

Ibrahim Mayaki : Il y a une trajectoire de démocratisation avec des obstacles, mais la trajectoire de démocratisation est inéluctable. Et je crois que ceux qui ont véritablement le pouvoir dans ce continent, ce sont les jeunes. Et ces jeunes de moins de 25 ans constituent 75% de la population. Il y a une révolution silencieuse qui est en train de s’opérer, qui ne se voit pas vraiment. Mais à partir du moment où ces jeunes, qui constituent la majorité de la population, et qui ont un poids électoral considérable, commenceront à être conscients de leur pouvoir et à s’organiser, ce sont eux qui dirigeront l’Afrique de demain.

DW : L’École, qui est la matière première sur laquelle devrait se baser le développement du continent, est attaquée par divers acteurs. Les terroristes, mais aussi des séparatistes. Vous avez vu la situation au Cameroun, où une école a été attaquée dans le Sud-Ouest avec des écoliers massacrés. Est ce que c’est une inquiétude pour vous ?

Ibrahim Mayaki : Oui, c’est une inquiétude pour moi et malheureusement, un certain nombre de nos Etats ont négligé – et d’ailleurs ces Etats là au plus haut niveau sont tout à fait d’accord – certaines zones de leur territoire. Et ils ont créé le vide et le vide a été rempli par les terroristes. Mais il faut absolument condamner ce genre d’actions telles que celles au Cameroun. Il faut préserver l’éducation. Encore une fois : l’Afrique sera dirigée très prochainement par les jeunes d’aujourd’hui. Et ces jeunes là, il faut qu’ils soient évidemment bien formés.

Démocratie et développement 

DW : Alors, malgré ces points qui vous permettent d’être optimiste, est-ce que les tâtonnements sur le plan politique sont quand même un regret pour vous en dix ans d’exercice à la tête du NEPAD ? 

Ibrahim Mayaki : Je ne suis pas un homme politique à la tête du NEPAD. Je gère une institution qui est une institution technique et il y a une corrélation très claire : dans tous les pays où les systèmes de gouvernance sont efficaces, participatifs, consultatifs, avec des stratégies claires, les taux de croissance économique sont plus inclusifs. Les infrastructures sont beaucoup mieux mises en œuvre et l’éducation et la santé marchent beaucoup mieux.

DW : Comme vous évoquez la question économique, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), a été lancée en grande pompe lors d’un sommet de l’Union africaine à Niamey, il y a un an. Les Etats voudraient échanger entre eux parce que jusqu’ici, c’est juste 15% des échanges qui ont lieu sur le continent africain et 70% avec l’Afrique et l’Union européenne, par exemple. Mais la mise en œuvre de la Zlecaf patine. Est-ce que vous pensez que cette initiative entrera dans le concret un jour ?

Ibrahim Mayaki : Je pense que oui. Le niveau optimal de développement dans le contexte africain, c’est le niveau régional. Et puis, nous devons créer chaque année, durant les vingt prochaines années, 20 millions d’emplois. Comment pourrons-nous créer 20 millions d’emplois si nous n’avons pas un processus d’industrialisation structuré et une dimension régionale ? Si vous regardez l’Union européenne, le pôle France-Allemagne joue un rôle considérable dans le fait de pousser l’Union européenne. Et dans le cadre de l’Union africaine, la mise en place de ce marché aura besoin d’acteurs fondamentaux comme cela.

La Chine : partenariat gagnant-gagnant 

DW : L’Allemagne dont vous venez de parler, appelle ses investisseurs à aller en Afrique. Est-ce que cela est compatible avec les principes de la Zone africaine de libre-échange continentale ?

Ibrahim Mayaki : Absolument. D’ailleurs, la Chine a énormément profité des investisseurs étrangers, notamment japonais et allemands pour booster son secteur manufacturier et faire des avancées sur le plan technologique.

DW : La Chine, vous dites, a profité des investissements extérieurs et cette même Chine est en Afrique, dans beaucoup de pays. Cette présence inquiète l’Europe. Est- ce que vous partagez cette inquiétude ?

Ibrahim Mayaki : Ecoutez, tant que nous Africains, nous ne sommes pas inquiets, c’est ce qui m’intéresse le plus. Mon problème est : dans notre interaction avec la Chine, est-ce que nous mettons en avant une stratégie gagnant-gagnant et nous défendons les intérêts africains ? 

DW : Est ce que vous voyez cette tendance justement, notamment avec la dette qui enfle ?

Ibrahim Mayaki : Oui, c’est vrai que la dette avec la Chine a enflé. Mais nous avons une vision de long terme : gagnant-gagnant. Nous sommes conscients de nos intérêts. Et dans cette relation avec la Chine, nous avons une stratégie gagnant gagnant.

La source DW

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